Bonnes pratiques d’économie circulaire : ce que font les entreprises qui réduisent vraiment leurs déchets
L’économie circulaire occupe une place croissante dans les rapports des grandes entreprises. Dans notre livre blanc Panorama de l’économie circulaire 2025, elle apparaît dans 100 % des rapports SBF 120 analysés.
Un enseignement ressort : le sujet “déchets” reste très présent, mais il est encore majoritairement traité sous l’angle collecte et traitement. Les démarches les plus avancées vont plus loin, en renforçant l’amont (prévention), la structuration des filières et le pilotage par la donnée.
Dans cet article, nous présentons 6 bonnes pratiques récurrentes observées dans ces démarches, illustrées par des cas du livre blanc. L’objectif est de proposer des repères concrets, transposables en entreprise, sans dupliquer les contenus réglementaires déjà disponibles sur le site.
1) Éco-concevoir pour éviter le déchet (avant qu’il n’existe)
Les entreprises qui réduisent durablement leurs déchets agissent en priorité au stade de la conception : produits, emballages, services. Dans les rapports analysés, l’éco-conception progresse nettement, avec une recherche de sobriété (moins de matière), de durabilité (meilleure durée de vie) et de fin de vie facilitée (réparabilité, démontabilité, recyclabilité).
Chez LVMH, la trajectoire LIFE 360 fixe un cap sur les emballages : viser le « zéro plastique issu de ressources fossiles vierges » d’ici 2026. Cela se traduit par des actions opérationnelles (substitution du plastique vierge, recours à des alternatives recyclées ou biosourcées, et outillage des équipes pour comparer l’empreinte des options).
À retenir : l’éco-conception est l’un des leviers les plus structurants, car il réduit les impacts et les coûts en aval.
2) Remplacer les matières vierges et sécuriser la traçabilité
Dans de nombreux secteurs, remplacer une matière vierge par une matière recyclée ou biosourcée répond à des enjeux très concrets : tension sur les approvisionnements, volatilité des prix, exposition à des risques de rupture. Mais la substitution n’est réellement “tenable” que si l’entreprise est en mesure d’en démontrer l’origine et la traçabilité.
Le livre blanc cite notamment EssilorLuxottica et L’Oréal, qui s’appuient sur des certifications (comme ISCC Plus) et des approches de type bilan massique (Mass Balance) pour sécuriser la traçabilité de matières recyclées ou biosourcées.
Illustration : chez EssilorLuxottica, des usines en Chine et en Italie ont obtenu la certification ISCC Plus afin de recycler des déchets plastiques en nylon issu de la fabrication de montures, puis de réinjecter cette matière dans la production de nouvelles montures (plus de 95 tonnes de nylon recyclé en 2024).
À retenir : la traçabilité est un prérequis opérationnel. Elle rend la substitution crédible, reproductible et déployable à l’échelle.
3) Faire des achats un levier circulaire (et pas seulement un poste de coût)
Les rapports étudiés montrent que la fonction Achats joue un rôle pivot. D’une part, elle sécurise les approvisionnements. D’autre part, elle peut accélérer l’économie circulaire en intégrant des critères concrets dans les cahiers des charges.
Deux pratiques reviennent régulièrement : l’adhésion à des chartes fournisseurs et l’évaluation de la performance RSE (EcoVadis ou équivalent), ainsi que l’intégration de critères liés au réemploi, au contenu recyclé ou à l’origine des matériaux dans les appels d’offres, selon les secteurs.
À retenir : sans achats alignés, l’éco-conception et la substitution restent difficiles à déployer. Les exigences fournisseurs structurent la qualité des flux entrants et conditionnent la performance en aval.
4) Viser la valorisation maximale, en distinguant matière et énergie
La valorisation des déchets est largement citée dans les rapports analysés. En pratique, le pilotage devient plus robuste lorsqu’on distingue clairement la valorisation matière de la valorisation énergétique, et lorsqu’on suit des objectifs lisibles dans la durée.
Un point récurrent dans les cas analysés est l’ambition “zéro mise en décharge”. Dans la grande distribution, le cas Carrefour illustre cette logique, avec un objectif de valoriser 100 % des déchets des magasins et des actions associées (réduction du gaspillage alimentaire, dispositifs de collecte et de reprise, dont des Reverse Vending Machines pour les contenants rapportés).
À retenir
- Augmenter la valorisation suppose d’abord de mieux mesurer (et de distinguer les types de valorisation).
- Des objectifs lisibles (ex. zéro mise en décharge) facilitent la mobilisation et la priorisation des actions, site par site.
5) Boucler la boucle : recyclage interne et efficacité des procédés
Les démarches les plus matures combinent réduction des flux sortants et boucles internes (recyclage en boucle fermée, recyclage des chutes de production, optimisation matière). Dans des industries à forte intensité matérielle, l’augmentation de matière recyclée produit des gains très concrets.
Illustration : Verallia cherche à augmenter le taux de calcin (verre recyclé). Le livre blanc précise qu’une hausse de 10 points de calcin permet de réduire la consommation d’énergie du four d’environ 2,5 %, et que Verallia investit dans ses propres centres de traitement du calcin pour garantir la qualité de la matière secondaire.
À retenir
- Les boucles internes stabilisent la qualité et réduisent la dépendance aux flux externes.
- Investir dans la qualité de la matière secondaire (tri, préparation, centres de traitement) est souvent le “débloqueur” qui rend le recyclage industrialisable.
6) Développer la seconde vie : réparation, reconditionnement, remanufacturing
La réparation progresse fortement dans les rapports analysés. Le livre blanc insiste : réparabilité et durabilité deviennent des engagements structurants, avec des dispositifs formels (pièces, services, durée).
Exemple (livre blanc) :
- SEB : optimisation des procédés pour la sobriété en eau (jusqu’à 70 % de réduction sur certains tunnels de lavage, selon le cas), et engagement “Produit réparable 15 ans au juste prix”, complété par des opérations de collecte et de recyclage.
- Renault Group / Valeo : structuration de la seconde vie via logistique inversée, fin de vie et recyclage en boucle fermée de matériaux critiques pour Renault (The Future Is NEUTRAL), et développement du remanufacturing chez Valeo Service (exemple de moteurs de vélos électriques remanufacturés).
À retenir
- La “seconde vie” fait évoluer le modèle : on ne vend plus seulement un produit, on gère aussi un cycle.
- La logistique inversée et les process industriels (remanufacturing) accélèrent la création de valeur.

Structurer les filières : le point de bascule souvent sous-estimé
Les entreprises reconnaissent que les filières de recyclage et de réemploi sont un point de friction, et s’impliquent dans leur structuration (partenaires, économie sociale et solidaire, éco-organismes, plateformes).
Exemple (livre blanc) : LVMH a créé une plateforme logistique dédiée au tri et au démantèlement (CEDRE) pour réintégrer des matériaux dans des filières de valorisation.
À retenir
- Une bonne performance de tri “sur site” ne suffit pas si l’aval n’est pas structuré.
- La réussite dépend d’écosystèmes capables d’absorber, préparer, recycler ou réemployer les flux.
Mettre ces bonnes pratiques en mouvement : 3 réflexes de pilotage
- Prioriser l’amont : éco-conception, substitution, traçabilité.
- Penser “système” : articuler amont, opérations et filières (partenariats).
- Fiabiliser la donnée : contrôle interne, systèmes de gestion de l’information ESG/RSE, transparence sur les limites méthodologiques.
Conclusion
Ce que montrent les cas étudiés dans le Panorama 2025, c’est que les entreprises qui réduisent vraiment leurs déchets ne se contentent pas d’optimiser l’aval : elles combinent éco-conception, achats, substitution et traçabilité, valorisation précise (matière vs énergie), boucles internes, seconde vie… et structuration des filières.
Chez Urbyn, on accompagne les entreprises pour transformer la gestion des déchets en levier d’impact, de performance et de pilotage, avec une approche complète (diagnostic, mise en place opérationnelle, pilotage) et une plateforme digitale pour le suivi et le reporting.